Dans l'Est de la République Démocratique du Congo, les défis liés à la restauration de l'autorité de l'État et à la cohésion sociale restent immenses. C'est dans ce contexte crucial que s'inscrit le « Projet d'appui à la gouvernance locale et inclusive des entités territoriales décentralisées du Secteur de Ruwenzori », mis en œuvre par le RAPDFEM dans le territoire de Beni (Nord-Kivu), avec l'appui de la GIZ. Aligné sur le Plan de Développement Local (PDL 2024-2028) du secteur, ce programme s'attaque directement aux failles institutionnelles et sécuritaires pour replacer le citoyen — et particulièrement les femmes — au cœur de l'action publique.
La RDC fait face à une situation sécuritaire volatile, exacerbée par la présence de groupes armés nationaux et étrangers. Ces derniers exploitent les tensions identitaires et foncières, multipliant les exactions — pillages, violations, massacres, enlèvements — et fragilisant le tissu social.
Depuis le début de l'année 2025, la dégradation humanitaire s'est accélérée dans le Nord-Kivu, notamment autour de Goma et des territoires sous influence du M23, tandis que le territoire de Beni subit le choc des attaques meurtrières des ADF.
Bien qu'une accalmie progressive s'observe à Ruwenzori grâce aux opérations conjointes FARDC-UPDF — permettant le retour timide des populations et la relance économique — les traumatismes restent profonds.
Si le bureau central du Secteur de Ruwenzori est approprié, il manque cruellement d'équipements. Les services techniques déconcentrés et la quasi-totalité des groupements fonctionnent sans locaux ni outils de travail décents.
Sur 85 agents recensés, seuls 32 sont régulièrement payés par l'État. Le reste se partage entre 32 agents non payés et 40 « nouvelles unités » dépendant de la prime locale, grevée de lourds arriérés.
En l'absence d'élections locales, seul l'exécutif (le Chef de Secteur nommé) est opérationnel. Le Conseil délibérant, pourtant prévu par la loi organique pour garantir une gestion démocratique sous la tutelle du Gouverneur, n'a jamais pu être installé.
Le Comité Local de Paix et Développement (CLPD), les comités des groupements (CPDG) et les Cellules d'Animation Communautaire (CAC) existent, mais manquent de moyens financiers — aucune ligne budgétaire allouée par l'ETD —, souffrent d'un déficit de formation et peinent à installer leurs noyaux villageois.
Le projet cible deux typologies d'acteurs : les structures et autorités de gouvernance locales des ETD, ainsi que les femmes, les groupes marginalisés et les organisations de la société civile qui les représentent.
L'intervention repose sur une articulation rigoureuse entre le renforcement des compétences locales et l'ouverture d'espaces de dialogue inclusifs.
Améliorer la participation et l'inclusion des groupes marginalisés dans le processus de développement local au sein de l'ETD du Secteur de Ruwenzori et de ses groupements.
Renforcer les compétences des animateurs et acteurs du Comité Local de Paix et de Développement (CLPD) du secteur ainsi que des Comités de Paix et Développement des Groupements (CPDG).
Promouvoir le rapprochement entre les autorités étatiques de l'ETD, les femmes et les groupes minoritaires.
Vulgariser le Plan de Développement Local (PDL) du secteur et accompagner techniquement son suivi-évaluation.
Mener des campagnes de plaidoyer et de sensibilisation pour le repérage des femmes et des personnes marginalisées dans les instances décisionnelles.
L'impact du projet se mesure par ses actions concrètes au plus près des communautés. Les activités et les efforts de restructuration se concentrent activement dans cinq groupements clés du secteur de Ruwenzori, là où les défis fonciers, sécuritaires et administratifs sont les plus pressants.
Ciblé notamment pour résoudre les conflits de limites territoriales — comme les tensions foncières au niveau de Muntobo —, ce groupement bénéficie d'un accompagnement rapproché des acteurs locaux. Trente femmes y ont été formées en leadership et plaidoyer pour défendre leurs droits et influencer la gouvernance locale.
Mitoyen de Bolema, Malambo participe activement aux dialogues intercommunautaires visant à stabiliser la région et à vulgariser le budget participatif. À Kalembo, 30 femmes ont été formées sur le leadership, la gouvernance et le plaidoyer.
Ce groupement est un point névralgique pour l'inclusion des organisations féminines dans la gestion de l'agriculture et du commerce local, moteurs du relèvement économique. C'est également à Banyangala que s'est clôturée la série d'ateliers dédiés au leadership féminin dans le secteur de Ruwenzori.
Confronté à des conflits de limites complexes avec la ville de Beni — notamment au village Supa —, Buliki fait l'objet de sensibilisations juridiques soutenues pour apaiser les tensions, avec le déploiement de nos équipes et des structures de paix sur le terrain.
Zone frontalière et stratégique, Basongora intègre les modules de formation sur la fiscalité locale et le civisme fiscal pour pallier la faible maximisation des recettes de l'ETD. Le projet y assure également le suivi des infrastructures et des dynamiques locales.
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« Mobiliser la société civile pour qu'elle devienne une force de proposition redevable, et transformer les autorités locales en gestionnaires transparents : telles sont les clés pour redonner vie à la décentralisation dans l'Est de la RDC. »
En s'attaquant de front au manque d'outils techniques, aux faiblesses institutionnelles et à l'isolement des populations marginalisées, ce projet pose les jalons d'une stabilité durable dans le Secteur de Ruwenzori.